Le paradoxe de la proximité : ce qu’Arya m’a appris sur le contact et la confiance


Arya 1 an et demi
Lorsque j’ai adopté Arya, je ne pensais pas que la question du contact prendrait autant de place dans la construction de notre relation.
J’avais pourtant déjà vécu avec plusieurs chiens, de profils très différents, et j’avais forcément mes habitudes, mes références et une certaine idée de ce à quoi ressemble un lien fort entre un humain et son chien.
Avec mes chiens précédents, la proximité physique s’était toujours installée assez naturellement. J’ai connu des chiens de compagnie, des bergers, des terriers, avec des tempéraments très différents, mais le contact, les câlins et cette forme de relation assez fusionnelle étaient arrivés relativement vite.
Arya, elle, m’a demandé autre chose.
Elle est Chienne finnoise de Laponie, une race nordique historiquement utilisée notamment pour la conduite et la garde des troupeaux de rennes. Cet héritage donne quelques éléments pour comprendre la race, mais il ne faudrait surtout pas tomber dans le piège qui consisterait à expliquer chaque comportement par son appartenance raciale.
Une race donne des tendances, une histoire de sélection, certaines prédispositions. Ensuite, il y a le chien que l’on a devant soi. Et ce chien-là est toujours un individu.
Ce qui m’intéresse ici est donc beaucoup moins de vous parler du Chien finnois de Laponie que de vous parler d’Arya, de sa manière d’entrer en relation et surtout de ce que cette relation m’a demandé de modifier chez moi.
Une chienne proche… mais pas forcément tactile
Je suis quelqu’un de très tactile. Dans mes relations, le contact physique a beaucoup de sens pour moi. Avec mes chiens également, j’ai toujours beaucoup aimé les moments où ils viennent se blottir, poser leur tête contre moi ou chercher spontanément des caresses. Je pense que j’avais naturellement associé une partie de la force du lien à ce type de manifestations.
Avec Arya, il m’a fallu assez rapidement revoir cette lecture.
Elle pouvait chercher ma présence sans chercher mes mains. Elle pouvait venir dans la même pièce, se poser à proximité, me suivre ou rester attentive à ce que je faisais tout en ne manifestant aucune envie particulière d’être caressée. Et lorsque j’allais moi-même vers elle avec l’envie de créer ce contact, je pouvais sentir que ce n’était pas forcément ce qu’elle avait demandé.
C’est subtil, parce qu’il ne s’agissait pas d’une chienne qui fuyait systématiquement le contact ou qui refusait toute interaction. Cela aurait probablement été beaucoup plus simple à identifier. Nous étions davantage dans une succession de petites nuances : une posture qui change légèrement, une tête qui se détourne, un corps qui garde un peu d’espace, parfois le fait de rester à côté de moi tout en préférant qu’il ne se passe rien de plus.
Et lorsque l’on est soi-même tactile, il faut reconnaître que ce n’est pas toujours évident à accepter.
On peut très vite penser : « Je veux simplement lui faire une caresse. » Notre intention est affectueuse, donc nous avons tendance à considérer que l’interaction est forcément positive. Pourtant, du point de vue du chien, la question n’est pas uniquement de savoir ce que nous avions l’intention de lui transmettre. Elle est aussi de savoir comment lui vit ce que nous lui proposons.
C’est là que les choses sont devenues particulièrement intéressantes avec Arya.
Pour me rapprocher d’elle, j’ai dû accepter davantage de distance
Petit à petit, j’ai compris que si je voulais réellement construire quelque chose avec elle, je devais arrêter de chercher à obtenir trop vite une relation qui correspondait surtout à mes propres habitudes.
J’ai commencé à porter davantage attention à la façon dont je rentrais dans son espace. Je suis devenu beaucoup plus attentif à la prévisibilité de mes gestes et de mes approches. Encore aujourd’hui, lorsque je vais vers elle pour avoir un contact, il m’arrive très souvent de lui donner une indication avant de la toucher. Il y a un geste, une posture, parfois simplement quelques secondes qui lui permettent de comprendre ce qui va arriver.
Cela paraît peut-être anodin lorsque je l’écris, mais pour elle, cette prévisibilité a beaucoup d’importance.
Nous avons tendance à énormément toucher nos chiens sans vraiment nous en rendre compte. Nous passons une main sur leur tête lorsqu’ils passent à côté de nous, nous nous penchons sur eux, nous les embrassons lorsqu’ils dorment, nous les déplaçons parfois physiquement, nous allons vers eux lorsqu’ils sont couchés parce que nous avons envie d’un câlin.
La majorité de ces gestes partent évidemment d’une bonne intention. Mais cela ne signifie pas pour autant que le chien avait envie de cette interaction à cet instant précis.
Avec Arya, j’ai commencé à prendre au sérieux cette différence entre un chien qui accepte que je le touche et un chien qui participe réellement au contact.
Elle m’a amené à observer ce qui se passait lorsque je cessais une caresse. Est-ce qu’elle revenait vers moi ? Est-ce qu’elle proposait une nouvelle interaction ? Est-ce qu’elle se rapprochait ? Ou est-ce qu’elle restait simplement tranquillement là où elle était, comme si l’interruption lui convenait très bien ?
Ce sont de toutes petites informations, mais mises bout à bout, elles changent profondément la qualité de la relation.
Ce que nous appelons parfois « consentement »
On utilise de plus en plus le mot « consentement » lorsqu’on parle des interactions avec les animaux. Le terme peut parfois créer des débats parce qu’on transpose facilement dessus tout ce qu’il signifie dans les relations humaines.
Pour ma part, lorsque je l’utilise avec le chien, je le prends dans un sens très concret : est-ce que l’animal a une possibilité d’entrer dans l’interaction, de la prolonger ou de s’en retirer lorsque la situation le permet ?
Évidemment, la vie avec un chien ne peut pas reposer sur son choix permanent. Il faudra parfois le soigner, le retenir, le manipuler, nettoyer une blessure ou l’emmener chez le vétérinaire alors qu’il aurait préféré rester tranquillement chez lui. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de lui et certaines situations imposent des contraintes.
Mais cela ne nous empêche pas, dans toutes les situations où c’est possible, de lui laisser davantage de contrôle.
La différence est importante.
Un chien qui sait qu’il peut s’éloigner n’est pas placé dans la même situation qu’un chien qui doit simplement attendre que nous décidions que l’interaction est terminée. Et, dans mon expérience avec Arya, c’est justement le fait de lui laisser cette possibilité de s’éloigner qui a progressivement rendu nos contacts plus simples.
Je crois que c’est l’un des aspects les plus contre-intuitifs de cette histoire.
Au départ, on pourrait penser que si l’on cesse d’aller chercher son chien, si l’on accepte qu’il parte ou si l’on réduit nos sollicitations, la relation risque de devenir plus distante. Avec Arya, j’ai observé l’inverse. À mesure que je lui laissais davantage d’espace et que mes gestes devenaient plus prévisibles, elle est devenue plus disponible dans le contact.
Elle s’est mise à rester davantage, à revenir plus souvent vers moi, à accepter certaines interactions plus longtemps et parfois à les provoquer elle-même.
Pas parce que j’avais trouvé une technique pour la rendre câline. Ce serait complètement passer à côté du sujet.
Simplement parce que, petit à petit, le contact s’inscrivait davantage dans quelque chose que nous construisions à deux.

Être proche ne signifie pas forcément rechercher le contact. Avec Arya, j’ai appris à faire la différence.
La proximité ne se mesure pas au nombre de câlins
Aujourd’hui, je trouve notre lien extrêmement fort. Et pourtant, si quelqu’un observait simplement le nombre de câlins que nous échangeons dans une journée, il pourrait probablement trouver notre relation beaucoup moins démonstrative que celles que j’ai eues avec certains de mes autres chiens.
Cela ne me pose plus aucun problème.
Je sais qu’Arya me cherche. Je vois qu’elle apprécie ma présence. Je vois la façon dont elle choisit de rester dans mon environnement, de me suivre, de venir se poser près de moi, d’être attentive à ce que je fais ou de revenir spontanément vers moi.
Elle peut être couchée tout près de moi sans vouloir que je la touche. Et aujourd’hui, je suis parfaitement capable de reconnaître cela comme une vraie forme de proximité.
C’est probablement l’une des choses qu’elle m’a le plus fait évoluer : j’avais tendance à accorder énormément de valeur au contact physique, alors qu’il ne représente finalement qu’une façon parmi beaucoup d’autres d’exprimer un lien.
Un chien peut être profondément attaché à son humain sans éprouver le besoin de dormir contre lui. Il peut rechercher sa présence sans rechercher systématiquement la caresse. Il peut choisir la même pièce, observer ses déplacements, venir vérifier ce qu’il fait, chercher son regard ou se tourner vers lui lorsqu’il est confronté à quelque chose d’incertain.
Toutes ces petites choses racontent elles aussi la relation.
Encore faut-il être capable de les voir.
Nos chiens arrivent aussi avec le poids de nos expériences précédentes
Il y a également quelque chose de très humain dans cette histoire : lorsque nous accueillons un nouveau chien, nous n’arrivons jamais complètement vierges de nos expériences passées.
Nous avons connu d’autres animaux. Nous avons aimé certaines façons d’être avec eux. Nous avons parfois vécu des relations extrêmement fortes et nous pouvons inconsciemment chercher à retrouver quelque chose de ces liens dans le suivant.
« Mon ancien chien adorait ça. »
« Lui venait toujours se coucher contre moi. »
« Avec elle, je pouvais faire n’importe quoi. »
Ces comparaisons ne sont pas forcément problématiques en elles-mêmes. Elles deviennent gênantes lorsque le chien que nous avons devant nous doit commencer à répondre aux attentes fabriquées par les précédents.
C’est aussi ce qu’Arya m’a appris.
Je devais arrêter d’attendre d’elle qu’elle corresponde à la façon dont j’avais connu la proximité auparavant. Il fallait simplement que je découvre comment, elle, souhaitait construire cette relation.
Cela demande parfois un vrai travail sur nous-mêmes. Parce que derrière une simple envie de câlin peuvent se cacher beaucoup de choses : notre besoin de proximité, notre façon personnelle d’exprimer l’affection, nos habitudes, parfois même notre besoin d’être rassuré sur la relation.
Ce n’est pas au chien de porter tout cela.
Et je trouve finalement assez sain de se demander de temps en temps : « Est-ce que ce que je suis en train de faire répond à une envie partagée, ou principalement à mon envie à moi ? »
Il ne s’agit pas de culpabiliser chaque fois que l’on pose une main sur son chien.
Heureusement. Sinon la vie quotidienne deviendrait rapidement assez pénible pour tout le monde.
Il s’agit simplement de remettre un peu d’observation dans une relation où nous fonctionnons souvent énormément par automatisme.
Respecter la distance ne signifie pas devenir distant
C’est probablement le point auquel je tiens le plus, parce qu’il peut facilement être mal compris.
Respecter l’espace d’un chien ne veut pas dire ne plus aller vers lui. Cela ne veut pas dire attendre constamment qu’il fasse le premier pas ni transformer chaque caresse en protocole scientifique de vingt minutes.
La relation reste quelque chose de vivant.
Je continue évidemment à aller vers Arya. Je lui propose des interactions, je la touche, je joue avec elle et j’ai parfois envie d’un contact avec elle simplement parce que j’en ai envie.
La différence est que je suis beaucoup plus attentif à la réponse qui m’est faite.
Si je sollicite une interaction et qu’elle me montre qu’elle préfère autre chose, je ne le prends plus comme un problème à résoudre. Je n’y vois pas une fragilité de notre lien ni quelque chose qu’il faudrait nécessairement modifier.
C’est juste sa réponse à cet instant-là.
Et le plus beau dans tout cela est que cette disponibilité à entendre ses réponses a fini par modifier la relation elle-même.
Les contacts sont aujourd’hui nettement plus faciles qu’au début. Elle vient davantage vers moi, elle accepte davantage de proximité physique et certains moments que nous partageons aujourd’hui auraient probablement été beaucoup plus difficiles à imaginer lors de nos premiers mois ensemble.
Mais je n’ai plus besoin qu’elle devienne une chienne très câline pour considérer notre relation comme réussie.
J’ai fini par comprendre que le lien que nous avions construit était déjà là, sous une forme différente de celle que j’avais connue auparavant.

Arya, mon binôme et bien plus
Ce qu’Arya m’a finalement appris
Je trouve notre histoire intéressante précisément parce qu’elle ne parle pas seulement de chiens dits « distants ». Elle pose une question beaucoup plus large sur la façon dont nous construisons nos relations avec eux.
Nous parlons énormément de ce que nous voulons apprendre à nos chiens. Nous réfléchissons à leurs comportements, à leur éducation, à ce qu’ils devraient réussir à faire dans notre société. Mais vivre avec eux nous oblige parfois aussi à modifier quelque chose chez nous.
Arya m’a amené à revoir ma façon de considérer la proximité et à mieux différencier présence, contact et attachement.
Elle m’a aussi rappelé quelque chose que j’explique régulièrement aux personnes que j’accompagne : notre lecture d’un chien ne peut pas uniquement partir de ce que nous aimerions recevoir de lui. Il faut également apprendre à regarder ce qu’il nous propose réellement.
Aujourd’hui, lorsqu’elle vient se coucher tout près de moi — comme sur cette photo — je peux parfois la caresser longuement. D’autres fois, elle semble simplement vouloir être là.
Et je trouve finalement quelque chose de très beau dans cette simplicité.
Elle n’a pas besoin d’être collée à moi pour que je sache qu’elle a choisi ma proximité.
Je n’ai pas besoin de la toucher en permanence pour sentir que nous sommes proches.
Notre relation s’est beaucoup construite à partir de ce paradoxe : j’ai dû accepter qu’il existe parfois de la distance entre nous pour qu’elle puisse réellement choisir de la réduire.
Et lorsque la proximité est choisie, elle prend une tout autre valeur.
Steve – Ani’Coach
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Steve, Ani'Coach,
Educateur & Comportementaliste,
Coach en relation Humain Chien & Chat,
Formateur
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